Publié dans Polynésie française 2011, Tahiti

Jour 12 – Jardin d’eau, jardin botanique, aventure et émotions fortes!

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22 novembre – 5h – Le sommeil s’est fait attendre la nuit dernière, mais pas le réveil top-chrono avec le chant des sirènes… celui des religieuses. Alors que ma tante me disait hier comme il y avait de plus en plus de gens qui venaient à la messe tous les matins, je lui ai rapporté les propos tenus par les belles Marilène et Cécile, à l’effet que les soeurs chantaient tellement bien, qu’elles avaient des voix d’anges et quel bonheur c’était de les entendre, etc.

Ma tante, avez-vous entendu parler du film Rock’n nonne (Sister Act)?
Euh…non…
C’est un film avec Whoopi Goldberg, chanteuse de cabaret, cachée dans un monastère et qui remet sur pied la chorale qui faussait farouchement…
Oui, oui, je l’ai vu! Quelqu’un, un jour, nous a apporté la cassette et nous avons toutes regardé ce film! C’était très bon!
Alors voilà pourquoi ça marche votre recrutement, c’est à cause de vos voix d’anges!
– Et de se défendre: Non, non, c’est pas nos voix, on chante pas si bien que ça, c’est – ce que disent ces chants qui attire les gens!

Et nous avons bien ri toutes les deux! Justement ce matin ont quitté deux personnes qui étaient planquées au monastère pour une histoire très-très triste. Nous avons fraternisé et je suis invitée à dîner chez-eux à mon retour de l’île de Pâques, car ils souhaitent immigrer au Québec. Je ne prends pas mes repas avec les soeurs. Il y a une salle où le repas est apporté (généralement par ma tante depuis mon arrivée, encore quelques précieux moments d’échange) pour les gens séjournant au monastère.

8h30 – Je quitte un peu tardivement après avoir fait mes nanas (au revoir) aux autres pensionnaires. Aujourd’hui à l’agenda: jardin botanique, musée de Paul Gauguin et autres.

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Le jardin botanique est situé tout au sud de la grande île, à une quarantaine de kilomètres d’où j’habite. La vitesse maximale est quasi exclusivement de 60 km, 40 km dans les hameaux, communes ou villages, 30km dans les zones scolaires. Pour les quelques kilomètres de l’unique autoroute à 2 voies dans les environs de Papeete, la vitesse est de 90 km, mais ça roule plutôt à 70-80 km. Ayant déjà pris l’habitude de rouler à 40-50-60 km, clancher à 80 km me donne la trouille, j’ai l’impression de filer à 140-150 km. Les routes sont belles, les abords des fossés propres, les automobilistes sont assez respectueux des limites. Le seul hic, ce sont les motocyclistes qui semblent avoir le droit (j’ai pas vérifié encore) de faire des dépassements entre les voitures, en ville et sur une route simple, les voitures se tassent un peu vers l’accotement pour que la moto dépasse sur la ligne blanche centrale, alors qu’il y a des files d’autos des deux côtés.

Un peu décevant le jardin botanique. Ils n’ont plus de plan du site, les sentiers sont mal balisés, le nom des espèces est souvent absent ou l’écriteau est à moitié disparu. Et il fait un soleil de plomb! Je fais tout de même une balade agréable, mais je tourne un peu en rond à rechercher des tracés qui n’ont pas laissé de trace…

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10h30 – C’est l’heure de mon espresso allongé. Il y a un snack entre le jardin et le musée (les deux sont situés sur le même site). Je m’y rends, y’a pas un chat sauf la serveuse. Je m’installe à une table tout au fond en bordure de la mer. Je sors mon iPad pour écrire mes textes, lorsqu’arrivent deux hommes et une femme qui s’installent à une table tout juste collée à la mienne:

Pito: Salut ma soeur, excuse si si nous prenons cette table, je dois surveiller ma pirogue..
Je me dis, ça y est, je passe pour une polynésienne, car entre eux ils s’appellent -ma soeur, mon frère. Je me lève pour voir de quelle embarcation il s’agit…

Votre pirogue? Facile votre affaire, il y a un moteur après!. (Notez qu’a eu lieu en juillet dernier, l’importante compétition internationale de course en pirogue et l’équipe de Tahiti a gagné, c’est comme la Coupe Stanley, alors ça parle « pirogue » ces temps-ci et les images repassent en boucle sans arrêt dans les snacks.)

Pito: Écoute ma soeur, j’arrive de Taravao!
Taravao… c’est tout juste au sud à quelques kilomètres d’ici, non? J’y suis allée hier! Moi j’arrive du Canada… et en pirogue! Hahaha!

Et voilà, les liens sont tissés.

Le Maire: (surnom de l’autre gars) Viens à notre table! Une dame ne doit pas être laissée seule à une table!

Mon premier réflexe est de décliner son offre gentiment en pensant à mon texte à écrire au pied du lagon, mais je me ravise. J’accepte l’invitation et me joins à eux. Tous les trois sont originaires de l’archipel des Tuamotu et comme beaucoup des habitants de ces îles éloignées, ils sont venus s’installer à Tahiti pour le travail, pour trouver une femme et fonder un famille. On jase de politique, d’économie, etc.

Pito me fait part de son amertume de ne pas avoir appris l’histoire de la Polynésie par ses grands-parents, d’avoir été tenu dans l’ignorance si longtemps… Maintenant il sait des choses sur la colonisation de ses îles par les Popaas (européens) et ça lui plaît pas, comme plusieurs avec qui j’ai pu échanger… le mépris à l’égard des Popaas est palpable…grandissant. Tous les trois me disent vouloir l’indépendance de la Polynésie, vouloir couper le cordon avec la France, mais personne n’a de plan, aucun ne sait si la Polynésie a atteint la maturité nécessaire après tant d’années maintenus dans l’infantilisation. Il sait les européens plus scolarisés que lui et ses enfants, il sait que le savoir est la fin de l’ignorance, peut-être le début de l’indépendance. J’ai constaté chez tous les natifs rencontrés et chez certains demis, de la paresse caractérielle et non pas comportementale.

Pendant ma discussion avec Pito, Le Maire écoute, ajoute un mot de temps à autre et m’observe… Lorsque tout à coup, il me dit très sérieusement:

Je veux t’amener avec moi!
…. Vous voulez dire – m’amener avec vous…chez-vous?
Oui, je te veux!…sur un ton un peu exaspéré… Je ressens bien l’inquiétude de Pito et Vetea, surpris autant que moi. Je réfléchis à la vitesse de l’éclair.. Son ton, par son fort accent des Tuamotu, sonnait genre:

Toé femme venir avec moé dans ma hutte et pas discuter!. Et je me suis vue jeter violemment sur son épaule comme un vulgaire sac de patates! Hahaha! Après d’interminables secondes:

Le Maire, je dois retourner au Canada, car mon mari m’y attend, ainsi que mon travail. (ici il a roulé de gros yeux réprobateurs… merde, dis ce qu’il faut Louise!!) Mais je dois te dire quelque chose. Ta demande ne me vexe pas. Au contraire, je suis flattée de te plaire et je t’en remercie!. Ils ont maintenant tous les trois de grands yeux et la bouche ouverte…

Le Maire: Toi, tu es une bonne personne!
Pito, secoue la tête: Oui ma soeur, tu es vraiment une bonne fille, t’es pas comme les touristes!

On trinque à mon entrée dans la famille, tous m’invitent chez-eux gracieusement, me demandent de rallonger mon séjour, de revenir tant que je voudrai toujours gracieusement et on me donne les numéros de Vini (cellulaire). Leurs plats arrivent et comme le veux la tradition, je dois piquer quelques morceaux dans chacun de leurs plats: crevettes et poissons crus. Je les quitte après plus d’une heure trente de jasette, bisous, et baise-main par Le Maire! Ouf… Croyez-moi, cette rencontre ne fut pas banale… (PS: y’a pas de mari au Canada :-))

Sur le chemin du retour, je m’arrête aux Jardins d’eau de Vaipahi. C’est tranquille, zen, j’y fais là aussi une belle balade, les sentiers sont bien aménagés. N’ayant pu écrire au snack, je dois me trouver un endroit pour écrire et expédier mon texte avec le wifi. Pas toujours facile à trouver ici.

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J’arrive au monastère vers 15h30. Tante Hélène vient m’informer à 18h15 que mon souper est servi et que je serai seule (il n’y a qu’un autre pensionnaire sur place et il jeûne). Elle me demande: « Es-tu libre ce soir?. Bien sûr! Toutes les soeurs aimeraient faire ta connaissance. Alors je viens te chercher à 19h!

Wow, que je suis contente. Je n’avais osé demander à rencontrer ses compagnes que l’on ne voit pas, sauf certaines travaillant sur le terrain dans la section « publique » et je n’ose pas aller vers elles.. – 19h, toc-toc:

Louise tu es là?
Oui, ma tante, je suis prête et ben excitée!
Là, je t’avertis, elles ont décidé de te faire un accueil marquisien.
Un accueil marquisien? Qu’est-ce c’est?
– Elle rit: Tu verras bien!

Nous arrivons près de la salle de réception, toutes les portes-fenêtres sont ouvertes, les soeurs sont assises en rond. On nous voyant arriver, la musique commence, ukulele (sic), guitare, tam-tam et une des soeurs qui est Marquisienne, se lève et vient à ma rencontre en faisant une de ces danses languoureuses qui me fait éclater de rires. J’embarque dans le jeu et viens donc à sa rencontre en faisant ma danse hawaienne. C’est le rire général!

Près de deux heures de pur bonheur, de rires. J’embrasse chacune à tour de rôle alors qu’elle m’explique son origine. Ensuite, elles m’ont questionnée sur ce que j’ai fait, vu et rencontré depuis mon arrivée (la majorité d’entre elles sont de Tahiti). Je les ai fait bien rire avec mes aventures avec Le Maire, Pito et Vetea, avec l’arnaqueur des bananes, mes rencontres avec Cécile et Marilène qu’elles connaissent, elles voulaient des nouvelles de Jean-Pierre, etc. L’une d’elles, Marie-Philippe nouvellement nommée Mère Abaisse, est venue au Canada l’an dernier et elle était allée visiter mon père. Et je les questionne à mon tour. Elles me posent des questions sur l’Île de Pâques, ma destination demain soir. Je voulais tant les remercier individuellement de m’avoir accueillie au monastère. Tante Hélène me dit: Elles aimeraient que tu leur parles de ton travail.. Euh…j’avais presque oublié que je dois retourner travailler..:-).

À la fin, elles m’offrent deux chants en tahitien qu’elles avaient pratiqués pour moi. Treize voix d’anges tout sourire devant moi… avec ces harmonies de chants polynésiens à vous faire éclater le coeur!

C’est difficile de m’endormir ce soir…

Auteur :

Passionnée de voyages et de photographie

4 commentaires sur « Jour 12 – Jardin d’eau, jardin botanique, aventure et émotions fortes! »

  1. Salut Louise,

    J’avais négligé de te lire depuis quelques jours et je me suis repris ce soir.
    Cela m’a faiti penser à ces romans, achetés chapitre par chapitre un fois par semaine, et au sentiment de frustration que j’éprouvais d’attendre la suite. Tout ça pour te dire que je dévore ton récit et que j’apprécie « notre voyage ». Si le soleil te fait rougir, ici la neige nous a visités mercredi et le froid nous rougit le bout du nez. Profite bien de cette chaleur, tant humaine que physique, que tu rapporteras dans tes bagages et que tu nous partageras un peu quand on se reverra.

    Tendres bisous,
    Bertrand

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