Publié dans Île de Pâques 2011

Jour 19 – Orongo , l’homme-oiseau

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Mardi, 29 novembre – J’arrête au marché d’artisanat pour regarder de plus près les tablettes rongo-rongo, écriture des Rapanuis encore non déchiffrée à ce jour. Les originaux seraient dans des musées en Angleterre; ainsi, les sculpteurs en font des reproductions. Je prends une tablette en bois et l’examine attentivement, prix 100 000 pesos, soit 200$. La femme sculpteur parle un peu français et m’offre de réduire le prix à 140$.

Tu es pascuanne?
Oui!
Vraiment? Pas chilienne?
Noooooooon!

On rit toutes les deux! Ça tiraille ici, entre Chiliens et Rapanuis, concernant la rétrocession des terres aux pascuans et la culture. On se prend en photo. Elle me dit son nom que j’arrive pas à répéter, alors elle me l’écrit: Matarena Teao Mauutomatoma. Je vais réfléchir à son offre jusqu’à demain.

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Pour me rendre au village, j’aime longer la côte qui offre une vue sur les collines volcaniques. Ce matin, le relief est joli. Tous les jours, les maraîchers s’installent le long de la rue principale pour vendre leurs denrées.

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Je retourne à mon resto-capuchino-toast-extra-negro-marmelade. J’y croise Lili. J’en profite pour lui demander une photo.

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Ça intrigue les locaux ici, une femme seule dans la fleur de l’âge -hum-hum – conduisant un 4X4, j’envoie des saluts à qui me regarde et on me répond!

Je fais un arrêt à une (ou la) galerie d’art. Une française y tient l’exposition principale, ses oeuvres tout en cercles (et non en ronds.. pas pareille). Christiane est à Rapa Nui depuis 3 mois, ne sait pas pourquoi et ne sait quand elle partira! Elle semblait en effet un peu perdue…

Me voilà enfin sur le site d’Orongo, en haut des falaises du Rano Kau, où avait lieu le cycle annuel d’activités rituelles, le Tangata Manu, le culte de l’homme-oiseau. Je résume très sommairement: Pendant le mois d’août, les aspirants chefs, les Hopu, défiant les courants et la présence occasionnelle des requins, nageaient vers Motu Nui (photo en haut), où ils espéraient la venue du Manutata (nom donné à la mouette pascuane ainsi qu’à la mouette Apizarrado). En septembre, le premier oeuf du Manutara trouvé déterminait qui serait le Tangata Manu . La suite est très complexe, une vierge devait être enfermée dans une grotte pendant une année pour devenir blanche…

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Maisons du village d’Orongo où habitaient les gens pendant les cérémonies

Au tout début du parcours, je renconte un guide Rapanui (il précise, pas pascuan, Rapanui) avec deux touristes parlant espagnol. Il m’offre de me prendre en photo sur fond du Motu Nui:

Oh, si, yes, merci!
Vous parlez français?
Hey oui! Et vous semblez bien parler français. Vous êtes guide pascuan ici?
Rapanui…Vous avez l’accent de Céline Dion!

J’éclate de rire! Donne-moi 15 minutes de réchauffement et j’aurai aussi sa voix! Hahaha!

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Pétroglyphes sur le site de l’Orongo

Des hommes-oiseaux (Tangata Manu), des sexes féminins (komari) et des visages énigmatiques du dieu Make Make ornent tout le centre cérémoniel d’Orango. Les pratiques rituelles tournant autour de l’homme-oiseau font état de cannibalisme et de sévères règlements de comptes entre clans. La dernière cérémonie eut lieu en 1867.

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À ma descente d’Orongo, je cherche un tout petit restaurant chaudement recommandé par Christophne, ainsi que par la dame de la galerie d’art: le « Hanga Piko ». La proprio y servirait le meilleur ceviche (poisson cru), ainsi qu’un plat de poisson cuit. Je le trouve au petit port de pêcheurs et plongeurs. Miam-miam, je me suis régalée du meilleur plat de poisson cru depuis mon arrivée en Polynésie: thon, coriandre, oignon vert, oignon rouge, servi sur choux râpé… Ça vaut la peine de mettre la photo. (André, tu aurais adoré!)

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Au moment où je suis attablée, un bateau de pêcheurs arrive et ils jettent sur le quai ce qui me semble être un espadon… Corrigez-moi si je me trompe. Et ils le débitent sous mes yeux, alors que j’attends mon plat… Mieux vaut que je me concentre sur mon journal, si je veux pas perdre l’appétit.

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Je retourne sur le site de Vanipu, où nous étions allés au premier jour de mon arrivée. De tous les sites de Rapa Nui, c’est celui qui a fait couler le plus d’encre et susciter le plus ce théories sur les origines du peuplement de l’île. C’est au Vanipu que les tenants de l’origine américaine des Pascuans trouvèrent le plus de « preuves », en particulier le mur incaïque.

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Autre soirée 6h à 8h avec mes voisins Français. Et avec les deux fils qui n’ont pas de corvée de travaux scolaires. Je vous fais le récit – à la française – d’un événement très particulier. La conversation se passe entre Xavier et moi, en présence de Christine, Axel et Mathieu. Ils avaient loué un 4×4 pour 2 jours et moi, pour 4 jours. Les deux véhicules sont identiques.

Xavier, Christine t’a dit que je vous offrais mon 4×4 si vous souhaitiez aller au village?
Oui, mais bon, non… Vaut mieux pas, car tu vois moi, les bagnoles, je les bousille.
Quoi?? Ne me dis pas que tu as bousillé le 4×4? T’as eu un accident? Mais raconte merde!!
Et du coup, tu vois, nous avons mal dormi cette nuit. On pensait à notre putain de garantie de 1000$…
Mais qu’est-il arrivé, putain de merde??
Ben, il y avait sur la piste, un trou ÉNORME à droite et, à mon avis, tu vois, la seule solution était que je passe à gauche – pour ne pas tout casser sous la bagnole. Mais là à gauche, il y avait un bosquet et j’ai du coup attrappé une branche qui a fait une de ces rainures sur le côte gauche du 4×4!
Ben dis donc… tu déconnes?? C’est pas vrai!! Étiez-vous sur la piste défoncée à l’entrée de la carrière des toques rouges?
Oui… tout juste?!
Hey ben putain-de-merde, j’y suis allée ce matin et en voulant éviter ce même foutu cratère à droite, je me suis retrouvée dans les bosquets. Une branche a rainuré ma bagnole, mais là , – la totale, du pare-choc avant jusqu’au pare-choc arrière!
Mais c’est pas vrai!. Il saute de sa chaise pour aller constater les dégâts sur mon 4×4.
Hey fais gaffe! T’as pas intérêt à passer ton doigt dessus. Je me suis tapée toutes les routes de terre rouge les plus merdiques pour tenter de la camoufler un peu. Alors, pas touche!
Oh dis donc, tu l’as pas ratée!

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Et nous avons déconné pendant 15 minutes et déliré sur tous les scénarios possibles pour camoufler nos méfaits. Xavier avait même pensé à échanger nos portes de jeep pendant la nuit! Christine et les gamins, pendant ce temps, riaient aux larmes comme-vache-qui-pisse!. Xavier et moi concluons que nous avons fait le bon choix en évitant le cratère. Lors de la remise du véhicule, dans les deux cas, la locatrice de l’agence a tout simplement vérifié si le plein d’essence était fait.

– Fin du récit à saveur Française.

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Xavier, Mathieu, Christine et Axel

[Ajout le 18 décembre] Voici la version québécoise – style Elvis Gratton – selon Xavier. – NB: Pour adultes seulement – dotés d’un très bon sens de l’humour. 🙂

Par un frette matin, sur une voie de chârs particulièrement cabossée et pleine de garnottes, Xavier, chauffant son char, négocia l’passage d’un énorme nid de caribou ou d’une quelconque énorme bibitte en collant l’coté gauche de la piste à chârs sans trop presser son feet sur lâ poulie. Sur c’te choix d’esti, les pensées divergent encore ! Xavier émettant un thaught kc’était la seule alternative et que tout autre chenal emprunté risquait d’endommager pleinement la carlingue du char…

T’sais donc pô ? personne se doutait que les gentilles petites braaainches d’érable qui bordaient c’te voirie lâ toute pourritte cachaient en réalité de redoutables braaainches toutes taillées en pointe et avides de carrosseries fraiches, putain de merde.

Deux belles et majestueuses râyures toutes pareilles qu’le Saint Laurent t’ont ainsi décoré toute not’ jeep, d’lâ lampe avant gauche jusqu’à la cliniotte de cul. Un vrai grabouillage tribal pascuan j’te dis pô ! Tabarnak, Sa pus calvaire !!

Note ben la solidarité légendaire d’ceux qui voyâge : personne grimpâ dans les rideaux, même po se sauta dans la fâce et aucune chicane n’ébranlâ c’te carlingue. Si on était fou comme d’la marde, stacôse qu’on pensait aux sous du montant du rafistolâge d’un châr sur c’te ptit bout d’caillou du pâcifique, il existe même pô d’contrat d’assurance, pô même pour un châr qui s’loue… Tu casses-tu?, tu payes, ciboire!

T’sé donc pas c’qu’on â fait ? On a cogité à tout plein d’chose lâ, plus ou moins fun on t’le dit, pour tenter d’échapper à la douloureuse. Lâ plus française c’ta dire lâ moins belle mais lâ plus efficace consistait à échanger les parties d’note carlingue tout’rayée avec celles du char d’Louise, notre cousine du Canadô qui avait loué toute la même. On ne mémérera pas sur notre cousine parce que l’quebec et la France, c’est d’la même famille ! En tout cas, c’est pas une chialeuse la cousine… parc’que c’est dur d’vivre dans une contrée envâhie par la neige du premier septembre au 25 août (le reste du temps, y mouille en calisse !). Par contre, on voit bien qu’elle n’est pas germaine la cousine, mais plutôt issue issue d’germaine, t’sé donc pâ pourquoi ? stacôse qu’elle n’aime pas le fromâge la Louise… Au lieu d’le manger le matin, elle l’donne aux chiots errants. On lui pardonne quand même parc’qu’elle aime bien l’vin.

Stacôse qu’on n’avait pas les outils adéquats qu’on lâcha c’t idée lâ et t’sé quoi ?, on décida d’assumer not’ acte même si ça nous ramène un char de marde !! en pensant tout d’même sur la meilleure façon d’pârquer not’ châr devant l’étal du loueur (le tatouage à l’ombre par exemple…). C’est comme si on avait bécossé dans un violon !, l’loueur il a même pâ vu qu’la partie gauche d’not châr était pleine de sloche pâ comme l’coté droit. Il a seulement vérifié que l’niveau du breuvage était full et nous a r’donné la facturette CB d’la caution que Christine s’t alors empressée de déchirer en 33 000 morceaux avant d’gober l’tout tout cru.

Le lendemain soir, la cousine, elle nous propose de nous passer son châr pour aller à la ville…

« Koss tu fâ lâ ?  » j’lui dit !

« Jpeux pâ accepter, j’suis un briseur de châr !

Cté ‘ alors qu’on lui a tout avoué à la cousine, notre tatouage pascuan et nos sombres malversations.

Tum’ cré tu ? C’t alors qu’elle nous avoua avoir eu l’jour d’avant, la même aventure. T’as d’jà vu sa ?, J’tel dit, son tatoueur était l’même érable kel’not et qu’elle avait bécoté avec lui pour contourner un nid de caribou et que depuis c’temps lâ, elle chauffait que dans la sloche pour épaissir son camouflage . On a rushé pour aller checker l’coté gauche d’sa Jeep et j’tel dit, drette lâ, y’avâ l’même Saint Laurent qui prenait sa source au lampion avant et qui s’jetait dans la cliniote de cul !!

Tout’ pareille qu’la notre !

On a alors trinqué avec not’ broue et on a rigolé à en brailler !

Auteur :

Passionnée de voyages et de photographie

3 commentaires sur « Jour 19 – Orongo , l’homme-oiseau »

  1. Allo Louise,

    Vraiment dommage que ton séjour à Rapa Nui s’achève. Tu nous apprenais plein de choses. J’ai évidemment tiqué sur l’oeuf du Manutara. Avant de te lire, je pensais qu’il s’agissait de frégates, de gros oiseaux à queue fourchue qui agressent mouettes et sternes pour leur voler leur poisson. Je vois maintenant qu’il s’agit de sternes (Sterne fuligineuse, gaviotin apiarrado et Sterne à dos gris, gaviotin pascuense). Mes bouquins me montrent que malgré son nom, cette dernière est maintenant inusitée à l’île de Pâques et que la première ne s’y rend plus. Comme quoi, les choses ont bien changé sur cette île, comme tu as pu le constater.
    Reviens-nous en pleine forme. On t’embrasse bien fort.

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