Publié dans Sri Lanka 2012

Jour 13 – Des câlins en cadeau

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Je ne sais trop sous quel angle abordé mon texte pour cette journée du 25 décembre. Rien ici pour rappeler Noël. L’éveil se fait encore ce matin avec les chants nasilleux provenant des haut-parleurs boudhistes et musulmans des quatre coins de la ville. Malgré que les volontaires non-chinois se disent tous athéistes, je perçois un brin de nostalgie au petit déjeuner ou peut-être ont-ils veillé trop tard hier soir, ou bien s’agit-il du reflet de ma propre nostalgie?

Tel qu’indiqué dans mon horaire de la semaine, je suis à l’orphelinat toute la journée, avec le groupe B (chinois) en matinée et le groupe C en après-midi. Nous partons avec 45 minutes de retard ce matin… nos amis chinois se sentent peut-être un peu trop en vacances! Alison et moi sommes un peu contrariées, car les employés nous attendent et ce retard nous fera revenir plus tard. Notre rôle n’est pas tant de cajoler les enfants, que d’alléger la tâche du personnel. Comme Janaka me disait suite à ma question sur l’embauche du personnel, il n’est pas difficile de trouver du personnel, mais il est TRÈS difficile de trouver du BON personnel.

J’observe la réaction des chinois – groupe B – (je dis chinois, mais je pourrais très bien dire nouveaux volontaires) à la vue de ces enfants, pour certains couverts de plaies, d’autres d’un tas de verrues. Dans leur regard, je vois tantôt le dégoût, tantôt la stupéfaction, tantôt l’envie de sortir de cet enfer en courant. Et bien sincèrement, je me revois à travers leurs yeux il y a de cela à peine 12 jours. À ce moment même, j’ai dans les bras le plus ignoré de tous ces enfants, celui qui a le plus de bobos partout, un de ceux qui hurlent tout le temps, je suis assise sur une balançoire, il est assis à cheval sur une de mes jambes, la tête accotée sur mon bras droit, je l’entoure de mon bras gauche pour ne pas qu’il glisse et… il ronfle en suçant son pouce. Je l’ai tenu ainsi on me balançant doucement pendant plus d’une heure.

20121225-204538.jpg (Photo du haut prise de la ruelle lors d’une marche avant le lunch aujourd’hui, cet homme lisant un bout de papier ne m’a pas vue. Photo ci-dessus, – … juste un peu de travail pour Gaétan)

En après-midi, Maya et moi décidons de ne pas attendre le groupe C pour 15h et demandons à Siri-et-son-tuk-tuk de nous conduire à l’orphelinat à 14h45 et de nous reprendre à 16h30 (je précise que depuis l’arrivée des chinois, on nous transporte par groupe avec le bus de l’hôtel de Janaka, alors que lorsque l’on se déplace en tuk-tuk, les volontaires paient leurs déplacements). Tom fait parti du groupe. Il semble être dépassé par tout, mais davantage insatisfait de tout. Il aurait fait, selon ses dires, du volontariat à la tonne, et dans des orphelinats, etc. mais au niveau de sa résilience, c’est zéro. Il chiale sur tout! Je ne sais pas s’il s’attendait à des hourras et bravos pour avoir apporté quelques bonbons ou par son statut d’hockeyeur professionnel, mais ici à la Mission de Janaka, il y a pas de vedettariat, ni de oh-wow-regarde-je-fais-du-volontariat! Non ici, il n’y a qu’un tas de travail à faire, qu’un tas de besoins à combler et qu’un tas d’incompréhension à mettre dans sa valise pour réfléchir au retour.

Heureusement que nous avons pris le tuk-tuk, car le groupe C est arrivé à 16h!! Cette après-midi, je me suis occupée de Chamathka, la petite fille atteinte de paralysie cérébrale et d’un autre gamin qui hurle tout le temps et que même le personnel ne semble pas vouloir amener dans l’enclos pour jouer. J’installe confortablement Chamathka dans le pousse-pousse (il n’y en a qu’un) et je lui paie une traite dans les allées. On ne peut pas sortir les enfants… il pleut. Mais au moins, on les amène aux fenêtres afin qu’ils puissent voir au dehors. Chamathka ne me semble pas bien aujourd’hui, son petit corps effilé est bouillant. Un couple de Sri Lankais a apporté des morceaux de fromage et biscuits pour les orphelins, mais elle peine à mâcher et régurgite ce que je lui donne, tout en faisant non de la tête et en souriant toujours…

Je ramasse au passage le p’tit-qui-hurle-tout-le-temps et qui ne cesse de me tendre les bras pour que je le prenne. Je l’installe fermement sur ma hanche gauche, ses fesses posées sur la poignée du carrosse et on se promène tous les trois, heureux. Siri ayant mal compris notre heure de retour, arrive plus tôt que prévu. Je laisse brièvement mes deux bambins, et je cours sous la pluie aviser Siri qu’il devra attendre un peu, quittant qu’à 16h30. Il est un peu contrarié, car il perd quelques clients en attendant… ben, qu’il attende, les gamins passent avant!

Au retour, Maya et moi informons les leaders des différents groupes de chinois qu’ils doivent être ponctuels afin de faciliter le travail de chacun. Ici, on ne peut pas se faire materner longtemps. Nous devons devenir TRÈS autonomes, TRÈS rapidement.

Je reçois vos commentaires sur ce blogue, vos bons mots et pensées par courriel (pour les timides) et ça me fait TRÈS chaud au coeur. Papa me manque particulièrement ce soir et j’ai bien hâte d’avoir des nouvelles de tante Hélène, du monastère à Tahiti. Les autres volontaires sont sortis souper à l’extérieur, mais je n’avais pas très envie de les accompagner, surtout pas envie de rentrer tard.

Deux grosses journées m’attendent. Demain, lever 6h pour aller chez les gens âgés, ensuite c’est le huitième anniversaire du tsunami (26 décembre) et le 27 décembre, c’est la pleine lune, the Poya day, très célébré par les Sri Lankais. Il y aura donc des célébrations avec les moines boudhistes dès le début de la soirée avec du chanting toute la nuit. Je serai le photographe pour une partie des célébrations. À suivre…

Auteur :

Passionnée de voyages et de photographie

13 commentaires sur « Jour 13 – Des câlins en cadeau »

  1. Je savais que des personnes dans notre monde vivaient dans des conditions de vie difficiles,
    et avec une pauvre qualité de vie.
    Je savais que notre monde est rempli d’inégalités, d’injustices sociales, de pauvreté collective…
    Je savais que nous manquons de partage, de considération et de reconnaissance face à des êtres humains…
    Je savais…
    mais mais ton vécu que tu partages avec nous, avec tous tes sentiments, me force à dépasser mon savoir pour réfléchir davantage, pour comprendre concrètement ce que je savais intellectuellement, pour m’interroger sur mon engagement face à ces réalités et pour revoir, à la veille de l’année 2013, mes propres actions face à nos concitoyens de notre terre en grand besoin.
    Tu m’inspires et bien que je sache que tu ne recherches nullement l’admiration, je t’admire pour ces dons que tu offres à ces grands tout petits.
    Puisses-tu poursuivre ton voyage humain dans la plus grande sérénité en faisant juste ce que tu as à faire et être comblée de ce que tu es.
    Bonne fin d’année 2012.
    Sincèrement,
    Roger

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    1. Mon grand sage de beau-frère,
      Tu exprimes bien ces « je savais » qui garnissaient mon porte-folio à mon départ pour le Sri Lanka. Mon bagage de « je sais pas » est toujours très lourd, encore plus lourd, mais peut-être moins dur à porter. Je souhaite que ton engagement à revoir tes propres actions face à nos concitoyens rayonne sur toute notre collectivité. Tu m’inspires à le faire encore davantage tout près moi…. Je t’aime Roger et embrasse mon frère pour moi. xxxx

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  2. Bonjour Louise,
    Un Joyeux Noël en retard tout ce que tu désires surtout de la santé il t’en faut beaucoup pour tout
    ce que tu fais. Je suis toujours aussi passionnée par tes récits ce n’est pas croyable. Ce que tu
    fais n’a pas de prix. Avant que tu partes je me disais si j’étais plus jeune j’aimerais y aller comme
    Louise mais après tes récits je ne crois pas avoir la force et le courage que tu as. Tu es simple-
    ment fantastique. Je suis bien contente d’avoir une amie comme toi.

    Claudette

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    1. Salut chère fan-finie! Hahaha! Tu sais, il y a des volontaires de tous les âges! La chaleur et l’humidité sont parfois accablantes, mais tant qu’au travail, j’essaie de le faire une minute à la fois. Merci également de ton amitié, chère Claudette. xxxx

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  3. Chère amie

    C’est avec beaucoup d’intérêt que, chaque jour, je prends connaissance du compte-rendu quotidien de tes activités et des situations souvent difficiles qui se présentent à toi et avec lsequelles tu dois composer. J’ai longtemps hésité à envoyer mon commentaire ne sachant trop quoi penser et quoi dire face à toutes ces situations. J’espère, malgré tout, que tu prends le temps de relaxer un peu et de refaire le plein d’énergie, même si ce n’est habituellement pas ce qui te manque. Prends bien soin de toi et veille sur ta santé.

    Quand tu seras de retour et que tu auras réussi à décanter et à assimiler tout ce baggage d’expériences, nous pourrons en reparler.

    Tu es déjà rendu à la mi-temps de ce volontariat et je te souhaite une bonne continuation et une belle fin de séjour là-bas.

    Avec tous mes meilleurs voeux de nouvelle année

    Amitiés

    André

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    1. Cher André,
      Merci pour tes voeux. Tu vois, nous sommes dans la même situation: je ne sais trop quoi dire ou penser dans presque toutes les situations, un peu comme si j’étais constamment en mode « éberluée ». Je suis tellement dans le moment présent ici-maintenant, que j’ai mis une alarme pour ne pas oublier de revenir. Hahaha! Mes amitiés et bisous xxx

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  4. Je te trouve très inspirante chère Louise. Ta patience, ton courage, ta chaleur, ta générosité se ressent jusque dans mon coeur…Merci de partager tout ce que vit c’est très apprécié!!! MERCI xxx

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    1. Merci Annie! Je me sens tellement privilégiée de vivre ce que je vis en ce moment. Alors de constater que les lecteurs, mes amis, ma famille puissent recevoir un peu de toutes ces émotions qui tombent dessus, cela est très inspirant pour moi. xxxx

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  5. Salut Mère Thérésa.
    Plus que les journées avancent, on voit que tu prends de + en + d’assurance avec ces chers petits amours. J’aimerais tant te prêter mes bras pour t’aider à bercer , à cajoler. Ne lâche pas surtout et prends le temps de prendre soin de toi aussi.

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    1. Ouf Judith… je suis à des années lumières de cette femme d’exception. Mais je sais dans quel esprit tu m’appelles ainsi, Sainte Judith! Hahaha! Sais-tu que tu adorerais cela ici? Gros bisous, chipie finie! 🙂

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  6. Ouf , j’ai l’impression que tu vas avoir de la difficulté a laisser tout ces beaux enfants. Le choc va etre terrible a ton retour. J’ai pensé a toi et Armand et tous les miens le AM du 25 déc. 2012. Profite bien de ton séjour !

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    1. Merci Pierre pour tes belles pensées. Je me suis dite étant donné que Léo est presque plus à la maison, une chambre était libre pour un petit sri lankais? Qu’en penses-tu? 🙂 xxx

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