Jour 22 – Quand l’horreur côtoie le bonheur

Publié le Mis à jour le

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De retour chez les elders ce matin. Il y a des changements dans les horaires, un des endroits où nous aidons dans une classe pour enfants handicapés, ne peut recevoir les volontaires, car… les classes reprennent que lundi prochain pour eux. Alors nous voici donc un groupe de 12 en route vers le elder’s home.

Je distribue les pots de crème aux chinoises, leur indique les personnes et les membres douloureux à masser. Je circule dans toutes les sections pour saluer mes madames et je reviens dans la section centrale pour m’assurer que tous les volontaires ont ce qu’il faut. Une employée vient me chercher, comme à chacune de mes présences, pour que je m’occupe d’un cas spécial, une personne dont peu de gens veulent prendre soin. Je ne crois pas en avoir parlé jusqu’à maintenant…

Une partie de la section centrale de l’édifice (couvert par un toit mais pas de mur extérieur, sauf des demi-murs pour l’ilôt au centre où se trouve un des dortoirs) est occupée par une rangée de chaises, environ sept ou huit. Sur ces chaises sont assises des femmes très âgées, incontinentes. Le siège de ces chaises est troué et en-dessous, sur le sol, se trouve un grand bol servant à ramasser l’urine qui y coule. Cette partie est la première que l’on voie en passant la grille de sécurité. Ensuite on se dirige vers la droite, c’est la partie centrale, là où tout se passe, les placotages, les jeux de cartes, le coupage de légumes, la couture à la main, les massages, etc.

À gauche de cette rangée de chaises trouées, au fond accoté sur un mur, il y a une autre chaise trouée, avec une autre femme très âgée assise sur cette chaise. Si elle n’est pas aveugle, elle a d’importantes cataractes. Un genou la fait souffrir, beaucoup. La première fois que l’employée m’a amenée par le bras et m’a pointé la dame dans le fond et ensuite son genou, je me suis demandée pourquoi elle était ainsi isolée des autres. Je suis allée me chercher une chaise basse et me suis approchée pour m’installer en avant d’elle. Alors j’ai compris. Les mouches s’acharnent sur elle, sur son visage et sa tête. Toujours une bonne douzaine de mouches se posant sur ses yeux, son nez, ses lèvres, elles la lâchent pas. J’ai beau masser son genou d’une main et chasser les mouches de son visage de l’autre main, rien n’y fait. Et elle rit. Moi pas.

Je lui masse donc le genou à chacune de mes présences. Généralement à ma dernière demi-heure, je me promène avec ma caméra à la recherche de sujets à photographier. Passant près d’elle hier, je me suis arrêtée pour l’observer, curieuse de voir comment elle gérait les mouches. Une employée m’observait, croyant probablement que j’allais la prendre en photo. La dignité humaine passera toujours avant le cliché choc. Puis, sans me comparer aucunement à eux, j’ai compris qu’il pouvait être extrêmement difficile pour les photographes de guerre de faire leur travail. Aujourd’hui, il m’est venu la pensée que la mort était déjà bien installée dans son corps décharné.

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Nous vivons de beaux moments de bonheur avec ces personnes bien vivantes qui ont un grand sens de l’humour.
– Ken, à droite, menace d’égorger cette belle dame si je ne lui prête pas ma caméra – d’accord Ken, mais pour une seule photo;
– En haut à gauche, cette étudiante enseigne les rudiments d’utilisation du iPhone (photo de Ken) – remarquez que ce sont les doigts de la dame sur l’écran et constatez déjà l’illumination dans ses yeux;
– Au bas à gauche… Conan qui se fatigue vite à faire des massages!:-)

Au bout d’une heure, je demande à Alison de m’accompagner au guichet automatique, car la seule fois où j’ai essayé de faire un retrait, ça n’a pas fonctionné. Le guichet (ATM) est tout juste à la porte du supermarché, et dans le supermarché il y a une pâtisserie. On fait donc une pause – jus de mangue et muffin. Et dans le supermarché, il y a du chocolat. On décide de payer une traite aux elders qui ADORENT le chocolat comme c’est pas possible. On achète une grosse boîte chacune et on s’assure que ce sont des chocolats avec du mou dedans! Hahaha! Ces vieilles mozusses, en plus d’être gourmandes et tannantes, elles sont menteuses!! Alison est passée dans une section avant moi sans que je le sache, et chacune s’exclame devant ma boîte de chocolat. Elles parlent et rient, en cingalais toujours, mais je suis pas mal bonne pour décoder le langage du corps. Je demande à une d’ouvrir sa bouche, elle s’esclaffe et refuse de l’ouvrir. À l’autre à côté, je demande d’ouvrir sa main, le chocolat d’Alison y est bien caché! On a bien rigolé. On en avait beaucoup et chacune a reçu au moins trois chocolats.

Nous sommes en congé le jeudi après-midi. Le groupe de chinois est parti en expédition à quelque part sur l’île, sauf l’une d’entre eux, Taylor. Elle vient me voir au lunch et me demande où je travaille cette après-midi. Je lui explique donc que nous sommes tous en congé. Elle est déçue et ne sait trop quoi faire. Malgré que j’aie prévu préparer ma valise pour ma vacance de trois jours dans le pays (non, je vous dis pas où tout de suite), je lui offre que nous allions ensemble travailler de 14h à 16h à l’orphelinat. Toute contente, elle accepte et j’avoue que j’avais bien envie d’y aller également.

À peine sommes-nous arrivées, qu’une pluie torrentielle se met à tomber. Le toit de l’orphelinat fuit de partout, les lits sont déplacés pour ne pas que les bébés soient mouillés, mais le personnel reste calme. Les enfants se réveillent lentement de leur sieste. Une des employées sort une mop, je m’approche d’elle et lui fais signe de me donner la mop (svp soyez bien à l’aise de me fournir un mot français). Je l’ai passée pendant une heure! Taylor tourne en rond. Je ne sais pas s’il s’agit de sa première présence ici, mais je ne crois pas. C’est l’heure des collations, une employée lui demande de remettre trois morceaux de gâteau avec crèmage aux enfants – elle les remet et s’en va ailleurs – ouf, méchant dégât dans les bassinettes et l’employée est en pétard. Ayant mis Chamathka dans le pousse-pousse sans l’attacher, je lui demande de la surveiller un moment pendant que je vais me laver les mains; je reviens, Chatmathka est seule. Grrrr…

J’ai apporté une vingtaine de couches. Les employés m’en demandent une ou deux à la fois. J’en donne une ou deux de plus à chaque fois, mais tout en jetant un oeil pour que les couches restent bien sur la grande table à langer. À un moment, j’en ai plus. Je vois bien les employés se parler, mais je vois surtout leur langage corporel. Deux d’entre elles se promènent dans les allées en passant discrètement leurs mains sous les matelas. Linda, revenue hier de son séjour dans le nord, arrive avec une dizaine de couches. Elle m’indique où elle les place et je lui signale être arrivée avec 20 couches et qu’il n’y en plus.

Je file avec Chamathka près de la porte pour qu’elle voie la pluie tomber. Je m’accroupis à ses côtés, je suis donc pas visible, cachée par les lits plus haut que moi. Je me retourne et voit une des employées cacher deux couches sous un matelas tout près de moi. C’était donc vrai ce vol de couches. J’informe Linda qui part récupérer les couches, je lui indique de quelle employée il s’agit (mais de pas lui tomber sur la tête) et lorsque, quelques minutes plus tard, cette même employée lui demande une couche, elle lui en remet une en lui expliquant et lui montrant que les couches ne doivent pas être retrouvées sous les matelas, mais servir que pour les bébés de cet orphelinat. Je quitte à ce moment et je me dis que je ne viens pas de me faire une amie! 🙂
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Je passe une agréable soirée avec les gamins chinois à jouer avec nos iPad et ils sont bien impressionnés par mon blog et les photos de leur binette, mais déçus qu’il ne soit pas en anglais. Je leur explique que cela me permet de parler d’eux comme je veux!! 🙂 Sandhali, Koeli (les filles de Janaka) et moi jouons au crash cars sur mon iPad une bonne heure. Les volontaires non-chinois s’amusent à me rappeler qu’il est plus que passé 21h et que je devrais être au lit!

Les chinois quittent demain. Ils vont me manquer, dont Christopher-le-glouton et Ken-le-méchant, des jeunes bien attachants.

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9 réflexions au sujet de « Jour 22 – Quand l’horreur côtoie le bonheur »

    Ken (Hong Kong) a dit:
    10 janvier 2013 à 18 h 30 min

    I will keep following your blog~~ haha ! what a wonderful blog~, i will translet the words in google to understand the meaning ! Finally, i am not a killer .V.

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      Louise a répondu:
      12 janvier 2013 à 13 h 24 min

      Naughty boy! 🙂 I am on my way back to Montreal, where you’re welcome!
      Lue xxx

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    Louise a répondu:
    7 janvier 2013 à 17 h 34 min

    Hahaha! Hello Ken! Glad to hear from you. Hope you get a good journey on your way back to Hong Kong. Alison told be about the photos. Don’t worry, when I get back home, I will sent them to you. Kisses – Mom! 🙂

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    Pierre S. a dit:
    5 janvier 2013 à 2 h 59 min

    A l’ hopital Saint-Lambert , nous aurions besoin de  »volontaires » comme toi Louise … tu m’impressionnes ma chere ! J’ai hate de te revoir . bye bye

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    Isabelle Roy a dit:
    4 janvier 2013 à 22 h 27 min

    La mop comme on l’entend se traduit par serpillère. Mais bien entendu, comme personne n’utilise le bon mot, à peu près personne ne le comprend. Alors tu fais le bon choix en nous parlant de mop, tout le monde va comprendre! 🙂

    Pour ce qui est de l’employée voleuse, dis-toi que même si tu ne t’es pas fait une amie, tu peux dormir la conscience tranquille…

    Et j’ai hâte de savoir où tu t’en vas! Peut-être vas-tu nous donner des indices dans ton prochain message?

    Passe une belle journée xxxx

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    Claire a dit:
    4 janvier 2013 à 19 h 16 min

    J’adore tes longues correspondances toujours des plus intéressantes. Je te lis avant même de déjeuner, je ne peux m’en empêcher. Tu accompagnes mon premier café, un des bons moments de ma journée.
    Merci,
    Claire
    XXX

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    Guillaume a dit:
    4 janvier 2013 à 18 h 51 min

    Le vrai terme es serpillière a frange je crois
    Xx guillaume

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    Marcelle Bilodeau a dit:
    4 janvier 2013 à 18 h 48 min

    Toujours intéressant et pour combien de temps?

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    Jessica a dit:
    4 janvier 2013 à 17 h 28 min

    Bon matin Louise (heure du Québec bien sûr),

    Le mot « mop » peut être remplacé par le mot « vadrouille » ou « panosse ». Je prends plaisir à accompagner mon déjeuner de tes récits et ce, tous les matins! Il est toujours si intéressant de te lire!

    J’ai hâte de pouvoir en discuter de vive voix 🙂

    Bonne journée,
    Jessica

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