Publié dans Sénégal

Jour 3 – Douce immersion culturelle

Les appels à la prière débutent à 4h30 et la finale de soccer s’est terminé dans les cris et sifflements à 1h30. Mon matelas, en son centre, ne mérite plus de porter ce nom. Seul un peu d’épaisseur subsiste sur les côtés. J’ai donc dormi 3 heures sur une planche de bois. Toutefois, l’inconfort de l’avion étant encore présent dans mon corps, j’apprécie chaque moment étendue à plat. 🙂 Ma voisine de chambre, Tiphaine, quitte demain. Elle me dit avoir un matelas digne de ce nom; alors je demande à Maman Oumou si je pourrai changer de chambre après son départ – elle accepte! Je profiterai donc d’une chambre avec deux lits simples, 2 commodes et une table basse. Ce sera parfait!

Je contacte Orange et après quelques minutes, mon iPhone est en « full service » ou presque. Je ne peux pas l’utiliser comme routeur pour me fournir internet sur mon ordi. Je devrai passer à l’agence Orange lundi pour faire regarder cela par des techniciens. Chez Maman Oumou, le wifi n’est pas disponible, mais coup de chance, mon ordi capte un signal wifi chez un voisin dont l’accès n’est pas protégé par un mot de passe… onononon! Héhé, j’ai donc un accès internet pour télécharger mes photos sur le blogue et envoyer mon premier post. Une vitesse de transfert qui vous apprend l’art de faire une chose à la fois… et je la perds à tout moment. Je ne peux pas me plaindre, car je squatte le signal d’un voisin (Sagem) et il est probable que je fasse sauter son forfait mensuel. Alors je vais essayer de trouver cette personne pour la dédommager.

Je mets la matinée à écrire mon post, télécharger des photos et en faire quelques-unes autour de la maison. Il est heureux que je sois arrivée hier après-midi, car le week-end me permettra de m’acclimater un peu avant l’intégration de lundi. Lorsque nous parlons de nos familles d’accueil et de nos hébergements, nous disons « ma famille » et « ma maison ». C’est l’usage ici.

Rebecca me téléphone. Elle a toujours pas reçu ses bagages. Nous convenons de nous rejoindre en face de la banque Bicis pour ensuite faire le tour de l’île de la Pointe sud à la Pointe nord. La fille de la famille de Rebecca, Audrey, habite Montréal et est ici pour quelques semaines. Elle accompagnera Rebecca et nous servira de guide pour une partie de la journée.

13h – J’arrive sur l’île un peu à l’avance. Sur le coin de la rue près de la banque, j’aperçois un vendeur de fruits! Yeah, car j’ai drôlement faim! Au Sénégal, le prix des fruits est exorbitant pour les habitants. Tout est importé, mis à part les pastèques (melon d’eau). Le coût est similaire à ceux au Canada. Avant de quitter la maison ce midi, j’ai demandé à Maman Oumou si elle avait besoin que je rapporte quelques chose de la ville; après quelques instants d’hésitation elle me répond: des fruits et du dessert. Je débute donc la négociation d’une banane. Il souhaite m’en vendre 5, mais je ne veux pas les transporter toute la journée. Je remarque qu’il y a un paquet avec 2 bananes. J’accepte donc de les acheter au prix de 300 CFA (67 cents). Deux autres sénégalais se joignent à nous pour discuter pendant que j’attends les filles et mange ma banane. C’est fou ce qu’ils sont respectueux et gentils. À deux reprises, ils m’offrent des boîtes pour m’asseoir, un sac pour mettre ma pelure de banane.

Je décide de manger ma deuxième banane. Trois enfants, des talibés, s’approchent de moi à ce moment. Deux d’entre eux, les plus grands, bifurquent à ma gauche et le plus petit, environ 5 ans, se place devant moi et empoigne doucement le bas de ma banane sous ma main sans tirer dessus. Je venais tout juste d’en arracher un morceau dans le haut et le mangeais. Il me regarde fixement dans les yeux du haut de ses trois pommes. Je lâche ma banane et lui dit:

– Salaamaalekum! (Bonjour)
Maalekum salaam! Il me sourit et part rejoindre ses deux comparses. Je les regarde à distance examiner et se partager le butin en trois parts égales. Les sénégalais ont un grand sens du partage. On me dira plus tard que les talibés ne font pas tous preuve de délicatesse lorsqu’ils veulent quelque chose, mais bon je ferai mes propres expériences.

Rebecca et Audrey arrivent. Je quitte donc mes nouveaux amis et nous débutons l’exploration de l’île. Pour Audrey, il s’agit d’un retour sur les lieux de son enfance: là où elle allait à l’école, là où elle allait au cinéma, etc. Son père enseigne à l’école primaire catholique privée de l’île. Ayant le teint beaucoup plus clair que les sénégalais en général, plusieurs s’adressent à elle en wolof question de vérifier si elle est une native. Sa coiffure et son habillement laissent bien paraître une culture occidentale.

(Extrait du GéoGuide) Blanche et ocre, à fleur d’eau entre deux bras du Sénégal, Saint-Louis est unique. Au charme provincial d’une ville tranquille où il fait bon flâner s’ajoute la douceur proverbiale de ses habitants. Sans parler de son exceptionnel héritage architectural, qui a valu à la localité d’être classée au patrimoine mondial par l’Unesco en 2000 : le long des rues tracées au cordeau au début du XIX siècle s’élèvent des édifices publics et des maisons de négociants aux toits de tuiles rouges et aux balcons en fer forgé de l’époque coloniale.

L’effet Unesco a ravivé l’intérêt des Saint-Louisiens pour leur ville. Des associations de sauvegarde ont été créés, car la tâche n’est pas mince. Plus de 1900 édifices qu’il faut préserver de la destruction et des rénovations hâtives.

Après près de 3 heures de marche sous un chaud soleil et une douce brise, Audrey nous quitte pour aller chez la coiffeuse. Nous cherchons le resto où nous avons fait la rencontre des autres volontaires la veille. Au cours de nos recherches, je me fais interpeller à trois reprises :

–  Bonjour la Québécoise! Comment vas-tu? C’est Mohammed.
–  Do you know him? s’inquiète Rebecca. Oui, nous avons fait connaissance lorsque j’ai acheté mes bananes.  Je la présente. Un peu plus loin…

–  Salaamaalekum Louise!
–  Maalekum salaam! On se fait une poignée de main. Rebecca un peu plus inquiète…
–  He knows you??
–  Yes! Don’t you? We’ve met him yesterday at the restaurant. 🙂

Ici, les toubabs (hommes blancs) ne passent pas inaperçus… encore moins les toubabs femelles.:-) Je contacte Cheikh pour avoir le nom du resto; nous y sommes, tout juste en face. Nous sommes affamées, le serveur nous reconnaît. Malgré que la cuisine soit fermée donc sans chef, il nous prépare une délicieuse salade avec concombres, tomates, œuf, fromage, le tout nappés d’une délicieuse sauce. On se régale! Mousa et Dame, également rencontrés la veille, se joignent à nous pour une belle discussion entre autre sur les talibés et leur pays. Eux et deux autres amis reçoivent quotidiennement des talibés à leur résidence pour leur donner nourriture et soins de plaies. On échange également sur la perception qu’ont les sénégalais sur la présence des volontaires. Selon eux, notre présence est essentielle et ils se disent extrêmement reconnaissants de toute l’aide reçue. Je fais une partie de billard avec Mousa que je viens tout près de battre… pas facile pour un homme sénégalais.:-)

Nous revenons à Sor à pied par le grand pont et prenons un taxi près de la gare. Ici, les prix sont fixes où que vous alliez en ville, soit 500 CFA (600 CFA après 23h), environ 1,10$. Un chauffeur tente de profiter de notre allure en demandant 1500 CFA.  Rebecca n’habitant pas dans la même maison que moi, on prend le même taxi mais on doit payer chacune 500 CFA, soit 1000 CFA. Je donne au chauffeur les indications reçues d’Audrey pour se rendre chez sa famille. En route, tout à coup toute énervée, Rebecca me dit :

–  No, no ! He must turn right not left. Oh my God, this is not the good street !!

–  Are you sure ??

-  Yes, yes I think so!

Alors je crie au chauffeur (car la musique joue à fond) de s’arrêter car il a pris la mauvaise rue, qu’il devait tourner à droite, etc. etc. Je lui montre les instructions écrites sur le iPhone de Rebecca: rue des Grands Hommes, à côté de la boulangerie. Le chauffeur discute en wolof avec un type ayant monté dans le taxi à l’avant après nous. Cet homme ne me rassure pas car tout juste après être montré.  il me raconte avoir une famille et des enfants et que n’ayant pas d’argent, je devrais lui en donner.  Je lui réponds que j’en ai pas non plus.  Le chauffeur repart dans la même direction. Rebecca est nerveuse. Il s’arrête à nouveau pour demander des informations à un commerçant. Il repart, vire ici et là.  Là toutes les deux sommes inquiètes.  Il enfile une autre rue cette fois de reculons et s’arrête.  Nous sommes tout juste en face de sa famille, tout le monde est content!  

Maman
Maman
Ici, il y a peu près pas de noms de rue et pas de numéro civique sur les maisons.  Pour aller chez-moi, je dois indiquer au chauffeur que je vais à Leona (nom de secteur) et Western Union (nom du commerce de transfert d’argent). Et juste avant d’arriver au Western Union, je lui dis de tourner à gauche et d’arrêter à la 2e maison après la 1ère intersection.

En arrivant, il fait très noir. J’utilise donc mon iPhone pour éclairer la serrure du portail. Merde, ma clé ne fait pas… J’essaie à nouveau… Je téléphone donc Maman Oumou qui rigole déjà au bout du fil. Souvers (surnom pour Souman car il mange des vers – une blague entre Tiphaine et lui) sort de la maison en riant et vient m’ouvrir le portail. Il m’explique que la serrure ne fonctionne plus. Ils ont fait un trou dans le portail par lequel on passe le bras pour tirer ensuite le verrou de l’intérieur.

Maman (qui n’est pas Maman Oumou) me prépare un excellent plat qui ressemble un peu à un plat d’oeufs brouillés, avec des oignons caramélisés et d’autres ingrédients que je ne connais pas. Plein de nouvelles saveurs inconnues. Je demanderai la recette si l’on m’en sert à nouveau. 🙂

Auteur :

Passionnée de voyages et de photographie

12 commentaires sur « Jour 3 – Douce immersion culturelle »

    1. Allo le gentil coucou Sonia,
      Belle surprise que tu me fais là! Ouais… pas très chaud. Mais je pense à vous quand je me lave à l’eau froide… solidarité! 🙂
      Louise xx

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  1. Ouf… C’est très spécial de te lire. Nous sommes en pleine tempête de neige ici. C’est un autre monde en effet. Lâche pas t’es capable et on pense à toi Hélène et moi. Bon séjour au Sénégal….

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