Jour 4 – Pastèque et farniente

Publié le Mis à jour le

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Lever à 8h. J’ai dormi un peu plus cette nuit ayant réalisé hier que ma fenêtre pouvait se fermer… Heureusement, les moutons dans la cour m’ont servi de réveille-matin. Je fais un brin de toilette. Il n’y a pas d’eau courante dans la toilette et le lavabo en avant-midi. Il semble que ce soit un problème de pression d’eau non-suffisante pour monter au 2e étage lorsque la réserve d’eau est basse. L’eau revient vers l’heure du midi. Tant qu’à la douche, elle est cassée. Alors on prend de l’eau dans un bidon avec un petit bocal et on se rince après s’être savonné. L’eau est assez froide. Les gens vivant dans les huttes et les talibés dans les daaras n’ont pas accès à tout ce luxe.

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Vue de ma chambre

En arrivant à la maison, à l’entrée, j’enlève les chaussures portées à l’extérieur et je mets des gougounes genre « plage » pour l’intérieur. Ce matin, le petit déjeuner a lieu dans la chambre de Maman en bas. Une natte est étendue sur le sol et une nappe sur le dessus ; un grand bol – genre cul-de-poule est au centre. Il contient des cuisses et ailes de poulet rôti, riz et oignons cuits. Un autre petit bol de légumes est devant la place vacante où je m’installe, assise en indien. Où bout d’un moment, je réalise que tout le monde est pieds nus, que je suis entrée dans la pièce en marchant avec mes gougounes sur la nappe, donc sur la table!! Je les ai vite retirées !

Dans les familles sénégalaises, tout le monde s’installe autour du plat et mange dans ce même plat en même temps, avec sa main droite seulement ou avec sa cuillère, selon ce qu’il y a à ramasser. Même pour couper un morceau de légumes ou retirer un morceau de viande de la cuisse de poulet, une seule main est utilisée. Je mange donc ma baguette de pain avec nutella et un peu de légumes crues.

Il est midi. Le marchand de pastèque (melon d’eau) doit maintenant être installé au bout de la rue à cette heure. Je vais faire ma première véritable négociation.

– Salaamaalekum
Maalekum salaam
– Na nga def ? (comment ça va?)
Maa ngi fi ! (ça va bien)
– Je viens acheter une pastèque pour Maman Oumou.
Aaahh, c’est pour Maman Oumou.
– Oui, alors je voudrais avoir la plus belle pastèque. C’est combien ?

Il déplace plusieurs pastèques pour me dénicher la plus grosse et la plus colorée. Il réfléchit…

Bien pour Maman Oumou, je vais la faire à 1000 francs (2,20$).
– Ooohhh, c’est trop cher pour moi. Je peux pas payer plus de 500 francs.
Non, non. En temps normal, grosse comme ça, je les vends à 1400, même 1700 francs.
– Non, non. Je peux pas payer plus. Écoute, je suis ici pour un mois. Je viendrai probablement à chaque deux jours pour acheter une pastèque. Mais 1000 francs, c’est trop cher pour moi.

Je cesse de parler et attends. Le vendeur est visiblement embêté. Il va derrière son comptoir, revient vers l’avant, retourne à l’arrière, puis revient à l’avant.

D’accord, c’est bon pour 500 francs.

Je reviens à la maison avec ma grosse pastèque sous le bras et heureusement que c’est tout près, car elle est drôlement lourde. Et Maman Oumou qui me félicite de ma négociation, car il semblerait que ce soit un excellent prix ! De quoi, me gonfler l’égo… maintenant gros comme une pastèque! 🙂

Le dimanche, les sénégalais restent à la maison. Rebecca vient me rejoindre à 14h. Ne trouvant pas ma maison, je la rejoins sur la rue. Elle se sent pas très bien et demande si j’aurais du Pepto Bismol. Elle soupçonne le poisson du midi d’être responsable de son malaise. On retourne donc chez-moi pour que j’aille le prendre à ma chambre. En entrant, les membres de ma famille sont assis par terre à luncher au centre de grand hall. Je fais les présentations d’usage sans remarquer que je piétine encore complètement leur table avec mes chaussures. Je me confonds en excuses tout en faisant de mon mieux pour épousseter le sable laissé sur la nappe. Ça fait bien rigoler tout le monde.

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On quitte pour une balade au Village des artisans, mais avant, on se fait déposer à l’île car je veux me procurer une carte de St-Louis et ma collègue souhaite voir une boutique recommandée par Audrey; elle n’a toujours pas reçu ses valises. On rencontre donc à nouveau des amis récents et on s’en fait des nouveaux. C’est très amusant. On traverse à nouveau le pont à pied vers Sor.

(Extrait GéoGuide) Le pont Faidherbe Après un siècle de bons et loyaux services, ce pont à charpente métallique s’est offert une cure de jeunesse. Fin 2010, on mettait la dernière main aux travaux de réhabilitation lancés fin 2008. Il s’est agi ni plus ni moins que de remplacer la structure par sa reproduction à l’identique. C’est que le célèbre pont est l’un des emblèmes de la ville. Lancé au-dessus du Grand Bras pour relier l’île au faubourg de Sor, il fut inauguré en 1897 : un ouvrage magistral de 506m de long qui exigea plus de 2000 tonnes d’acier. Ses sept travées, dont une tournante au milieu pour permettre le passage des bateaux, remplacèrent un pont flottant construit en 1865.

Les rives du fleuve sénégal sont un véritable dépotoir de pneus et autres déchets de toutes sortes et l’odeur nauséabonde qui se dégage sur la rue Corniche menant au Village des artisans nous contraint à changer de trottoir. Je mentionne à Rebecca que peut-être son poisson de ce midi fut pêché dans le fleuve… 🙂 On met une bonne heure pour s’y rendre étant régulièrement arrêtées par des passants ou résidants. On se dit, ils sont si gentils et accueillants pourtant ils ont rien à nous vendre, et par-dessus tout sincèrement reconnaissants du travail que nous sommes venues faire pour les talibés.

jour4-bijoutierLe Village des artisans est constitué d’une dizaine de huttes formant un demi cercle, dans laquelle chaque artisan, bijoutier, sculpteur, etc. exerce son art et vend ses créations. En ce dimanche, pas un client sur place. Nous nous faisons héler par chacun des artisans, sortis de des huttes à la vue de notre arrivée. Nous hésitons, pas trop certaines si nous devons avancer davantage et entrer dans les huttes… Nous entrons chez un bijoutier, fort heureux de nous présenter ses œuvres, son atelier de travail, etc. On le quitte non sans avoir subi une assez forte pression pour acheter. Ensuite, le sculpteur de bois d’ébène qui insiste également beaucoup auprès de Rebecca. Je reste à l’extérieur pour jaser avec un des travailleurs. Il me renseigne sur la provenance du bois, son prix et ce qu’il en coûte en dos, aux doigts et aux pieds à travailler avec des outils si coupant pour réussir à sculpter un des bois les plus durs au monde.

À chaque hutte, la pression s’intensifie à un niveau extrêmement désagréable. Le dernier va jusqu’à me dire qu’il nejour4-sculpteur-ébène2 lui est pas permis de rentrer chez-lui sans avoir rien vendu, et cela sur un ton d’agressivité sans équivoque. Pendant ce moment, Rebecca s’est éloignée ; je la rejoins et lui dis que nous devons quitter. J’aime pas entendre les autres vendeurs nous crier d’aller voir leur hutte, etc. Mais elle est dans tous ses états :

I’ve seen a talibé Louise, oh my God, look, look ! Et elle me pointe un enfant. Il a une immense cicatrice sur la tête. Mais surtout, si le désespoir et la tristesse pouvaient se personnifier, ce serait en cet enfant.
Do you think we can take a photo ?
– I don’t know. I’m gonna ask.

Je m’adresse donc à un des artisans qui nous ont suivi jusqu’à la sortie du Village :

– Est-ce que ce serait inconvenant de photographier ce talibé ?
Mais non, pas de problème, il va être content ! Et il part se placer près de l’enfant pour se faire prendre en photo avec lui. Et loin d’être content, l’enfant s’éloigne un peu plus et nous tourne le dos.
– Non-non, je m’excuse mais ce n’est pas toi que l’on veut sur la photo. Mon amie a été très touchée par la tristesse de cet enfant et moi également. On voulait juste savoir si c’est interdit de photographier les talibés.
Non, pas de problème, mais prends-moi aussi avec mon ami!
– D’accord!

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Nous terminons la journée à l’Hôtel de la Poste où une bonne bière très froide m’attends. Samba, le serveur, nous entretiens longuement sur l’histoire de ce bâtiment historique et la traite négrière. Retour à la maison à 21H.

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