La petite histoire d’Anticosti

Publié le Mis à jour le

3h45 – Je roule vers la Pointe Carleton avec le fol espoir de capturer un lever de soleil intéressant. Quinze minutes plus tôt, je me suis levée sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller tout le pavillon, mais je crains que le démarrage de « la Bête » ait interrompu quelques rêveries. La météo du jour est à la pluie et le bas du ciel offre peu d’ouverture au soleil naissant. Déjà à la pointe est au loin les nuages de pluie se disputent le territoire avec les rayons du jour.

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5h30 – Je stationne mon pick-up un peu à distance des chambres. Assister ainsi à la naissance du jour m’envahit à tout coup d’une grande paix, d’une reconnaissance profonde pour ce renouvellement quotidien de la vie.

Mon plan du jour était d’explorer le sud de l’île, le secteur de la Chicotte, mais je reporte cela à demain car les prévisions pour les jours suivants seront plus qu’agréables. Je décide donc d’aller au village, Port Menier, et de revoir plus à fond la Baie Ste-Claire.

Baie Sainte-Claire aujourd'hui
Baie Sainte-Claire aujourd’hui

D’abord connu sous le nom d’English Bay à la suite du naufrage du Mary, un bateau de la flotte de l’Amiral Phips, la baie de la Loutre connait une occupation permanente à partir des années 1860. Ses premiers habitants venus de Terre-Neuve, de Gaspésie ou du Nouveau-Brunswick ont pour noms Béliveau, Cyr, Lejeune, Rogers, Wright, etc. Ils vivent surtout de la pêche à la morue qui subit souvent les soubresauts de Dame Nature, avec des années de faibles prises.

Une première école voit le jour en 1871. Puis, l’année suivante, la compagnie Forsyth attire des colons pour un projet de développement diversifié en pêcheries, mines et coupes forestières et y établit ses quartiers. La population résidante passe à plus de 500 personnes, avec des gens venus surtout d’Acadie ou de Terre-Neuve. Le rêve s’estompe quand, à peine deux ans plus tard, l’Anticosti Company fait faillite, forçant bien des familles à quitter l’endroit.

Une autre compagnie, cette fois britannique, The Governor and Company of the Island of Anticosti, acquiert l’île dans les années 1880. Elle tente de susciter l’intérêt, entreprend la colonisation des lieux et y installe son représentant. Plusieurs familles de Madelinots, de Gaspésiens ou de Nord-Côtiers sont attirés par ces annonces de grands développements. Cet autre projet achoppe pourtant, obligeant même le gouvernement canadien à déménager des familles appauvries vers Hull et l’ouest canadien. Pas facile la vie anticostienne…

Et voilà qu’en ces années 1890 s’amène un autre visionnaire. En décembre 1895, un industriel d’avant-garde et riche chocolatier, Henri Menier, achète l’ensemble de l’île pour s’en faire un paradis. Conseillé par Alfred Malouin, le gardien du phare de la Pointe ouest à l’époque, il veut faire d’English Bay son chef-lieu. Le village est rebaptisé Baie Ste-Claire en l’honneur de sa mère, Claire-Henriette-Clémence Gérard. Certains habitants quittent encore, mais plusieurs demeurent, s’associant à une réalisation sans précédent au Québec (source archives Anticosti).

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Dès le printemps 1896, les travaux débutent. Un vent nouveau souffle à l’île. On défriche, trace des rues droites, pose de macadam, engage et engage, construit avec les frères Peters de Québec: maison de l’administration avec serre, école, hôpital avec musée, hôtel, chapelle, presbytère, magasin général, entrepôts, cantine, gymnase, atelier divers, maisons de pension et familiales, etc. Une soixantaine de bâtiments divers peints en vert olive et à toit rouge brique (couleurs de l’emballage du chocolat Menier), s’érigent autour d’une place centrale appelée le Carré français. Alentour, des champs sont mis en culture et une ferme dotée des plus récentes innovations techniques est bâtie. Cette manière de faire est unique au Québec.

Henri Menier, l’ingénieur, ne lésine pas pour transformer ses projets en réussite. Il veut ce qu’il y a de mieux pour son île. Avec son bras droit, Georges Martin-Zédé, il voit à l’engagement de personnel expérimenté, provenant des meilleures écoles. Français, Belges, Suisses, St-Pierrais, Jerseyais, Québécois ou Canadiens, ils participent au développement de la nouvelle « Anticoste ». Les nombreux services (boulangerie, boucherie, beurrerie, pêcherie, forge, scierie, ferblanterie, plomberie, menuiserie, sellerie, comptabilité, mécanique, etc.) concourent à l’autosuffisance du village. Un petit chemin de fer les relient entre eux à partir du quai tout neuf. Le village est maintenant approvisionné régulièrement par le Savoy, un bateau reliant l’île à Québec.

Pour rendre la vie agréable et favoriser la rétention, différentes activités culturelles ou sportives sont organisées. L’école est gratuite et universelle. Un médecin en résidence offre les soins, la vaccination et les médicaments. Du non-vu au Québec: un prêtre est logé et salarié. Nulle dîme ne sera quémandée. En outre, la plupart des habitations reçoivent l’eau courante, sont pourvues d’égouts et sont reliés par le téléphone. Ces multiples détails font des lieux un endroit hors du commun où il fait bon vivre. Des règles doivent par contre être respectées. On parlera non plus dorénavant du « cimetière du Golfe », mais bien de « reine du Golfe », comme la relevé le docteur Schmitt, le médecin-naturaliste de ce début d’ère Menier. Et vous n’avez pas tout découvert encore…

Alors qu’il a plu à torrent un peu partout sur l’île, j’ai profité d’un joli ciel variable toute la journée et ce n’est que sur quelques kilomètres non loin de l’Auberge à mon retour que j’ai reçu l’averse. Je soupe en compagnie de Cécile et Reynald. Louise et François se joignent à nous à la fin du repas. Ça jase agréablement. Ceux-ci quittent demain matin comme plusieurs autres. De belles rencontres faites avec ces belles personnes. Vive internet pour le maintien du contact avec les gens rencontrés ainsi en voyage.

21h00 couvre-feu – Diane, patronne de la salle à manger, nous met gentiment à la porte et à 21h45, c’est le silence complet dans le Pavillon 1.

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8 réflexions au sujet de « La petite histoire d’Anticosti »

    Ginette Mercier a dit:
    13 septembre 2014 à 10 h 33 min

    Magnifique présentation en images et en mots! Merci

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      Louise a répondu:
      13 septembre 2014 à 10 h 44 min

      Merci Ginette!

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    Jean Paul a dit:
    3 août 2014 à 10 h 52 min

    Tu as le tour de nous présenter un endroit en rêve et de vouloir nous inciter à faire la même chose, il est permit de rêver, lol
    Jean Paul

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      Louise a répondu:
      3 août 2014 à 16 h 46 min

      Merci JP! Il faut tout d’abord rêver pour réaliser un rêve! xxx

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    Annie a dit:
    2 août 2014 à 11 h 23 min

    Wow Louise que tes photos sont belles! Merci de les partager! 😊

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      Louise a répondu:
      2 août 2014 à 16 h 18 min

      Le plaisir est pour moi!! 🙂

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    Claude a dit:
    1 août 2014 à 21 h 14 min

    Merci Louise de tous tes commentaires et superbes photos.
    Avons hâte de te revoir.
    Bonne fin de séjour!
    Anita et Claude xxooxx

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      Louise a répondu:
      1 août 2014 à 21 h 21 min

      Oooh Allo vous deux! Merci de votre petit mot! Je pense à vous tellement souvent. Dès mon retour, on va déjeuner ensemble! Bisous xxxx

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